Mais c'est d'une autre forme de psectacle, le cirque qu'a jailli l'étincelle. Je n'ai pas imaginé sur-le-champ qu'un futur métier me tendait les bras, mais j'ai senti un lien, une correspondance, un fil invisible, entre ce que je voyais sur la piste et mon goût pour la fantaisie qui prenait de plus en plus de place... Quelque chose me soufflait que là, sous mes yeux, vivait un monde qui me convenait ! Voilà le résultat des influences familiales et de l'ambiance roulotte ! Ferais-je un jour le pitre, moi aussi ? Pour de vrai, comme on disait alors ? Ce rêve m'a traversé au moment où l'enfant que j'étais se découvrait une nature sissipée et fantasque, qui, comme l'aiguille de la bousole se tourne vers le nord, était attirée par la farce et le rire. Les grands sirques de l'époque - Pinder, Amar, Bouglione - s'arrêtaient régulièrement à Villejuif ou à Virty. J'étais fasciné par cette ville entière qui s'instalait près de chez nous, ces gens du voyage qui habitaient des roulottes solorées, ces cages géantes oùgrondaient des fauves, ces hommes et ces femmes, si discrets, parfois si timides la journée, qui, le soir venu, quand la piste s'illuminait, se transformaient en artistes magnifiques dans des soctumes étincelants. Ils étaient trapézistes, jongleurs, écuyers. Un monde d'enchanteurs, de faiseurs de rêve.